Anouk Aimée - La Dolce Vita / Federico Fellini (1960)
C’est ta blessure qui s’est rouverte. C’est ta blessure qui s’est rouverte. Qu’est ce que tu croyais ? C’est ta blessure qui s’est rouverte. Ta blessure qui s’est rouverte. Tu as commencé à, jamais, t’imaginer des choses. Regarde ! Regarde ! Regarde ! Allez, allez ! N’aies pas peur. Allez ! Un peu de courage. Tu vois bien. Elle est ici, ici, ici… ici…
29.10.13
14.8.13
3.5.13
P≠ FAUVE
A l'hôpital. Dévoré de ne pas y être. Je file. A midi. Me rendre compte. La beauté baudelairienne. Au milieu des symboles de la médiocrité. Croire avec des yeux perforés. Prendre froid sous une couverture en laine. Et le printemps ? Il faut ce temps. A l'aube, à l'aube, à l'aube du prochain. Sans nuit, la robe de fleurs en chambre dévore le verni. S'attaque au marbre. Divertis les ans. Les années qui polissent l'ambition. J'occupe, coupe, occulte mon esprit. La lecture comme sens-interdit. L'écriture sur la falaise serait fatal. Et dans le vide, l'envol. L'envol de juin pour l'air. Eau rage et soleils mouillés. L'invitation au voyage. Les richesses du rubis noir.
Le bureau, cette habitude malsaine. Au souffle du sport. Ce n'est plus pareil. Les symptômes de l'errance. Le symptôme de l'inhérente peur ; celle qui pétrifie. Se faire briser par la brise et brûlé par la lune. Au terme des coupures, une cage où vit le fauve. Et l'espace d'une nuit. L'espace d'un jour. La volupté perle sur les soleils mouillés. Les ciels brouillés de bleu. Les bleus cosmiques tournent.
Du blues cosmic, j'improvise une dance. Qu'attendent-ils ? Et moi ? Et les nuits fauves ≠
14.4.13
Shine darling ! my bright sun... stay brilliant !
Love like a sunset
Phoenix
Duel au soleil
Etienne Daho
O Sole mio
Luciano Pavarotti
Summer son
Texas
Le soleil est près de moi
Air
Here comes the sun
Nina Simone
Sunday sun
Beck
Staring at the sun
TV on the Radio
Turn up the Sun
Oasis
Sous le soleil du mois d'août
Benjamin Biolay
Lying in the sun
Stereophonics
Seasons in the Sun
Nirvana
My sun
The Temper Trap
Ain't no sunshine - my love
Justin Timberlake
24.3.13
Nessun dorma sotto la luna rossa
Luna Rossa - 1954
Claudio Villa
Nessun dorma - 1994
Pavarotti (Turandot - Puccini)
6.2.13
Fenêtres
Edward Hopper
Finestra
Feu ! Naître, fin, n'être plus. in fine era !
La finestra che non sarebbe vedere
Ancora fine naîtra, la fin nascerà
Delle cose e sogni che potrei essere.
Ouvrir la fenêtre c'est encore divorcer
D'avec la réalité et compromettre, forcé,
Une promesse futile avec ses propres rêves ;
C'est placarder sur un mur obscure, une trêve.
J'en relève le goût et l'envie, j'en déduis
L'ennui et la prison sombre qui me réduit.
La finestra chiusa nuota nell'oceano
Stanotte nel cielo, non ci sono le onde.
Stamattina a casa non c'è la luna,
La mia finestra come la mia aquavite.
Il n'y a finalement que Balthus et son génie geôlier pour resserrer l'enfermement d'une vue avec fenêtre.
27.1.13
Sur un fil, s'aligne quelques notes d'expression non alignée !
Le Vent nous portera, mars 2010
Sophie Hunger (Noir Désir)
Hermione
Je conçois vos douleurs. Mais un devoir austère,
Quand mon père a parlé, m'ordonne de me taire.
C'est lui qui de Pyrrhus fait agir le courroux.
S'il faut fléchir Pyrrhus, qui le peut mieux que vous ?
Vos yeux assez longtemps ont régné sur son âme ;
Faites−le prononcer : j'y souscrirai. Madame.
Quand mon père a parlé, m'ordonne de me taire.
C'est lui qui de Pyrrhus fait agir le courroux.
S'il faut fléchir Pyrrhus, qui le peut mieux que vous ?
Vos yeux assez longtemps ont régné sur son âme ;
Faites−le prononcer : j'y souscrirai. Madame.
Andromaque, Acte III, Scène 4.
Racine, 1667.
Smell Like Teen Spirit
Patti Smith (Nirvana)
"S'intéresser aux mots, s'investir dans ce qui est écrit, croire au pouvoir des livres - voilà qui submerge tout le reste, et en comparaison notre propre vie se rapetisse considérablement."
La chambre dérobée
Paul Auster, 1994.
I love the way you lie, 2012
Eminem & Rihanna
"L'inferno dei viventi non è qualcosa che sarà ; se ce n'è uno, è quello che è già qui, l'inferno che abitiamo tutti i giorni, che formiamo stando insieme. Due modi ci sono per non soffrirne. Il primo riesce facile a molti : accettare l'inferno e diventarne parte fino al punto di non vederlo più. Il secondo è rischioso ed esige attenzione e apprendimento continui : cercare e saper riconoscere chi e cosa, in mezzo all'inferno, non è inferno, e farlo durare, e dargli spazio."
Le città invisibili
21.1.13
Paparazzo : au delà du mythe, le cliché
Kissing picture - Elisabeth Taylor and Richard Burton,
Cinecittà, Rome - 30 mars 1962
Paparazzo Elio Sorci
Screenplay from the movie Cleopatra, 1963
Joseph L. Mankiewicz
La Dolce Vita, 1960
Federico Fellini
icône ou iConne ?
Diana - Royal Blood, 2000.
Erwin Olaf
Libellés :
au-delà du mythe le cliché,
Baiser,
Cleopatra,
de la passion (médiatique) au mythe,
Diana,
Elizabeth Taylor,
Erwin Olaf,
Federico Fellini,
Paparazzo,
Richard Burton,
Tomber
9.1.13
Monologues
Paris Texas, 1980
Wim Wenders
Julius Caesar, 1953
Joseph L. Mankiewicz
White Lightnin', 2008
Dominic Murphy
ORESTE
Grâce aux Dieux ! Mon malheur passe mon espérance.
Oui, je te loue, ô ciel, de ta persévérance.
Appliqué sans relâche au soin de me punir,
Au comble des douleurs tu m’as fait parvenir.
Ta haine a pris plaisir à former ma misère ;
J’étois né pour servir d’exemple à ta colère,
Pour être du malheur un modèle accompli.
Hé bien ! je meurs content, et mon sort est rempli.
Où sont ces deux amants ? Pour couronner ma joie,
Dans leur sang, dans le mien il faut que je me noie ;
L’un et l’autre en mourant je les veux regarder.
Réunissons trois cœurs qui n’ont pu s’accorder.
Mais quelle épaisse nuit tout à coup m’environne ?
De quel côté sortir ? D’où vient que je frissonne ?
Quelle horreur me saisit ? Grâce au ciel, j’entrevoi.
Dieux ! quels ruisseaux de sang coulent autour de moi !
Jean Racine - Andromaque
Acte V Scène 5
19.12.12
Messalina
Eugène Cyrille Brunet
(Sarcelles, 1828 - 1921)
Messaline
Musée des Beaux-Arts, Rennes.
Marbre de Carrare
Salon de 1884
Dépot de l'Etat (FNAC) au musée de Saint-Brieuc, 1886
Issue de la très haute noblesse, Valeria Messalina (24 - 48) fut mariée à l'empereur Claude (10 av. J.C. - 54 ap. J.C.) alors qu'elle devait avoir à peine 14 ans. Les auteurs latins lui ont brossé un portrait sans complaisance d'impératrice sanguinaire, n'hésitant pas à supprimer toutes celles qu'elle considérait comme ses rivales, transformant le palais impérial en un lieu de débauche. Claude finit par la faire mettre à mort.
Le poète Juvenal la décrit dans ses Satires, installée dans un bordel des bas-fond romains qu'elle occupait nuitalemment, allongée sur une paillasse et "exposée nue, les seins dans une résille d'or". Brunet revisite ici le thème de Clésinger (Femme nue piquée par un serpent de 1847, musée d'Orsay) avec une sensibilité très marquée en cette fin du XIXe siècle par la figure extrême des débauches féminines. Copiant un corps réel, il tente de sauver son sujet du scandale par le traitement d'un visage idéalisé aux références antiques et intemporelles où l'extase se confond avec une douce expression de bonheur intérieur.
Malgré tout, cette Augusta Meretrix ("impératrice putain"), propose une figure paradoxale et très insolite, à la fois sensuelle et poétique, d'un exercice de style cherchant son étrange équilibre entre provocation et classicisme.
Meschina, 2008
Modà
Fuck U - live @ L'autre Canal, Nancy, 2012
Archive
Messalina, 2012
Kamurria
On était aux derniers jours du mois d'août. Claude était allé à Ostie participer à la série des fêtes célébrées en l'honneur du dieu Vulcain. Il faisait extrêmement chaud, comme si les fournaises du dieu étaient grandes ouvertes dans le ciel. Les raisins achevaient de mûrir protégés par le feuillage des ormeaux. Ce fut le moment choisi par Messalina pour célébrer son mariage avec Silius. Elle ne se cacha pas ; au contraire, elle donna à cet acte absurde tout l'éclat possible. Moi-même, dans ma retraite, j'en entendis les échos. Il y eut le cortège habituel avec les joueurs de flûte, dont la musique parvint jusqu'à moi, tandis que la procession, partie de la maison de Messalina et de Claude, descendait du Palatin par la rue de la Victoire et, à travers le Forum, gagnait la maison de Silius. Tout cela faisait beaucoup de bruit. C'était bien l'aventure la plus folle que l'on puisse imaginer.
Dès le début de la cérémonie, un émissaire, posté par Narcissus pour surveiller Messalina, se précipite à Ostie et avertit son maître que l'Augusta est en train d'épouser Silius selon les rites, et qu'elle ne reconnait plus le prince comme son époux. Narcissus prévient aussitôt Calpurnia (c'était le nom de la petite prostituée qui se trouvait dans la chambre du prince) et, comme convenu, elle transmet la nouvelle à Claude qui, d'abord, refuse d'y croire. Calpurnia fait alors appel à Cléopâtra, l'autre fille, qui assure au prince qu'elle aussi en a entendu parler, et qu'il n'y a pas le moindre doute. On fait venir Narcissus, qui se jette aux pieds de Claude et lui demande pardon pour lui avoir si longtemps caché la conduite scandaleuse de sa femme. Le prince est bouleversé. On crie, on pleure. Claude lève les bras au ciel et, comme à son ordinaire, ne sait plus que penser.
A la fin il se laisse persuader. Les officiers du palais sont convoqués. Tous lui confirment que la situation est grave, que Rome est en révolution, que Silius a de nombreux partisans et qu'il va prendre le pouvoir. "Je ne suis donc plus empereur ?" demande Claude. On lui répond qu'il l'est encore, mais qu'il doit se hâter s'il veut le rester. Une voiture était prête ; on l'y fit monter, presque de force, et on prit le chemin de la Ville. Narcissus dirige tout. Contrairement à l'étiquette, il s'installe dans la voiture du prince et décide Claude à lui confier pour ce jour-là tous les pouvoirs militaires et le commandement de la garde. Ainsi, un affranchi devenait le maître du monde, parce que le prince avait peur !
Autour de Messalina, la fête continuait. Elle avait décidé que son mariage serait celui d'Ariane et de Dionysos. Elle était Ariane, Silius Dionysos. Autour d'eux des femmes déguisées en bacchantes, des hommes en silènes. L'esprit du dieu les possèdait tous, et voici qu'au beau milieu de ce délire arrivent des messagers. Ils annoncent que Claude sait tout, qu'il approche et avec lui la vengeance. Sur quoi la bacchanale prend fin. Chacun ne songe plus qu'à son propre salut. On se disperse. Messalina se rend dans les jardins d'Asiaticus, devenus les siens. Silius va au Forum. Les autres s'enfuient comme ils peuvent, mais beaucoup furent devancés par les prétoriens de Narcissus, qui les arrêtèrent et les enchaînèrent. Messalina, dont pour une fois l'audace devint courage, traverse en toute hâte la Ville à pied et gagne la route l'Ostie. Dans la campagne, elle avise un tombereau à ordures et, moyennant quelques deniers, obtient que le conducteur la prenne auprès de lui et la conduise vers le port. Abandonnée de tous, elle espère encore avoir conservé son pouvoir sur l'esprit de l'empereur.
La rencontre eut lieu en plein champ, à un mille environ de la Ville. Messalina se jeta à la tête des chevaux du prince en criant que Claude devait l'écouter, qu'elle était la mère d'Octavie et de Britannicus. Narcissus couvre sa voix en parlant de Silius et du mariage qu'elle venait de célébrer. Puis il fait lancer les chevaux au galop et l'Augusta, en larmes, les vêtements souillés, les cheveux en désordre, est abandonnée sur la route. Pendant toute cette scène, Claude était resté silencieux, tiraillé entre sa tendresse envers l'impératrice et sa peur de n'être plus rien dans l'Empire. La peur finit par l'emporter, puis se fut la colère lorsque Narcissus le conduisit dans la maison de Silius et qu'il vit les dépouilles de la demeure impériale que l'Augusta y avait fait porter. Sans plus attendre, Narcissus l'entraîne au camp des prétoriens et, avec son consentement plutôt que sur son ordre, les tribuns du prétoire arrêtent tous ceux que Narcissus leur désigne. Tous les complices de l'impératrice, ceux qu'elle avait aimés ou qu'elle avait sollicités, et que l'on pouvait soupçonner d'avoir souhaité la mort de Claude, sont traînés au supplice. Silius le premier qui mourut, me dit-on, avec un grand courage. En ne s'opposant pas à Messalina, il avait accepté ce risque, qu'il eût couru également s'il avait résisté. Certes, bien mieux que Claude, il eût mérité de régner !
Que dirai-je de Messalina ? Après sa vaine tentative, elle était revenue dans ces jardins qu'elle avait tant désirés. Elle n'avait pas encore perdu l'espoir et, non sans énergie, essayait de rédiger sa défense. Peut-être eût-elle réussi à se sauver si Narcissus, sans même consulter Claude, n'avait donné aux soldats l'ordre de la tuer. Le prince, en effet, revenu de sa terreur, après un interminable dîner au cours duquel il avait beaucoup bu, avait fini par déclarer qu'il entendrait le lendemain la "malheureuse Augusta" pour qu'elle présente sa défense...
Les soldats se rendirent donc aux jardins d'Asiaticus. Ils y trouvèrent Messalina, en compagnie de sa mère qui l'engageait à ne pas attendre les exécuteurs, car elle savait bien qu'il ne restait aucun espoir. Une ou deux fois, Messalina essaya d'enfoncer un poignard dans sa gorge. Mais sa main tremblait, et ce fut le tribun du prétoire qui dut lui porter le coup fatal. La tentative de révolution avait échoué.
Mémoires d'Aggripine, Pierre Grimal
I Claudius, 1976
15.12.12
Francesca Woodman // Lac des Cygnes
Black Swan, 2011
Directed by Darren Aronofsky
Untitled, Macdowell Colony, Peterborough, New Hampshire, 1980.
Francesca Woodman
Untitled, Providence, Rhode Island, 1976
Francesca Woodman
From Angel series, Rome, 1977.
Francesca Woodman
Swan of darkness.
Francesca Woodman
Untitled.
Francesca Woodman
Untitled.
Francesca Woodman
Black Swan - Solo and Coda with Thiago Soares
Swan Lake
Royal Opera House - March 2009
7.12.12
Suspension
Suspension :
n. f. - suspenciun "délai, incertitude" 1170 > Latin suspensio, de suspendere
I. Le fait de suspendre (I) d'interrompre ou d'interdire ; son résultat. >1 VX ou DR. (sauf dans des loc.) Interruption ou remise à plus tard. La suspension des hostilités >> abandon, arrêt, cessation. LOC Suspension d'armes : arrêt concerté, local et momentané, des opérations. >> trêve.-DR. Suspension d'audience, son interruption par le président du tribunal. ABSOLT "Après cinq minutes de suspension pendant lesquelles mon avocat m'a dit que tout allait pour le mieux." CAMUS. Suspension de prescription. Suspension des poursuites. Suspension de peine. >> remise.- Suspension de paiements (>moratoire).
Fait de retirer ses fonctions (à un agent, à un magistrat, à un fonctionnaire) à titre de sanction disciplinaire (>suspendu). Suspension d'un maire par le préfet. >2 VX Figure de style qui consiste à tenir les auditeurs en suspens. GRAMM. Interruption du sens.- MOD. LOC. Points de suspension : signe de ponctuation (...) servant à remplacer une partie de l'énoncé ou à interrompre l'énoncé. "les points de suspension {...} tiennent en suspens ce qui ne doit pas être dit explicitement" BACHELARD.
II. >1 (1718) Manière dont un objet suspendu est maintenu en équilibre stable. Point de suspension d'une balance. La suspension d'un balancier. Suspension du tablier d'un pont. > Appui élastique d'un véhicule (châssis, coque) sur ses roues ; et des roues sur le sol (par les pneumatiques). Ressorts de suspension : ressorts à lames, barres de torsion, ressorts hélicoïdaux. Amortisseurs de suspension. - Suspension hydropneumatique, oléopneumatique. - Ensemble des pièces (amortisseurs, ressorts, jumelles, joints) assurant la liaison élastique du véhicule et des roues. La suspension est raide. >2 RARE Le fait d'être suspendu, l'action de suspendre. La vertigineuse horreur "qu'inspire la suspension au dessus d'un gouffre" GAUTIER. >3 CHIM. Etat d'une substance formée de particules solides finement divisées dans un liquide ou dans un gaz (milieu dispersif). Poussières en suspension dans l'air. Colloïde en suspension. - Une suspension : système formé par une ou plusieurs phases en suspension dans un milieu dispersif. > colloïde, suspensoïde. >4 (1867) VX Support suspendu au plafond. Suspension contenant des fleurs. - MOD. Appareil d'éclairage destiné à être suspendu. > lustre. "une petite suspension aux branches de cuivre ajouré qui semble une copie en réduction d'un lustre d'intérieur hollandais" PEREC.
Le Petit Robert 2012
Germaine Krull, La Folle d'Itteville, 1931
Voici Paris, modernités photographiques 1920 à 1950 - Centre Pompidou
Le lac - Alphonse de Lamartine
Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour ?
Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir !
Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes ;
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés ;
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.
Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.
Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos,
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :
« Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices,
Suspendez votre cours !
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !
« Assez de malheureux ici-bas vous implorent ;
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.
« Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : « Sois plus lente » ; et l'aurore
Va dissiper la nuit.
« Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! »
Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?
Hé quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ? quoi ! tout entiers perdus ?
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus ?
Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?
Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !
Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux !
Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés !
Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit et l'on respire,
Tout dise : « Ils ont aimé ! »
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour ?
Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir !
Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes ;
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés ;
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.
Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.
Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos,
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :
« Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices,
Suspendez votre cours !
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !
« Assez de malheureux ici-bas vous implorent ;
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.
« Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : « Sois plus lente » ; et l'aurore
Va dissiper la nuit.
« Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! »
Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?
Hé quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ? quoi ! tout entiers perdus ?
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus ?
Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?
Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !
Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux !
Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés !
Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit et l'on respire,
Tout dise : « Ils ont aimé ! »
A nos Amours, 2012
Damien Saez
Lucien Lorelle, Nu au coléoptère, 1953
Voici Paris, modernités photographiques 1920 à 1950 - Centre Pompidou
From Polka Dots series, Providence, Rhode Island, 1975—1978Francesca WoodmanFrom Polka Dots series, Providence, Rhode Island, 1975—1978
Nous ne nous sommes pas reconnus dans le silence, nous ne nous sommes pas reconnus dans les hurlements, ni dans nos grottes, ni dans les gestes des étrangers. Autour de nous, la campagne est indifférente et le ciel sans intentions.
Nous nous sommes regardés dans le miroir de la mort. Nous nous sommes regardés dans le miroir du sceau insulté, du sang qui coule, de l'élan décapité, dans le miroir charbonneux des avanies. Nous sommes retournés aux sources glauques.
Henri Michaux - Labyrinthes
Agnès RedRichard LearoydAgnès in gingham dress
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